Et je pèse mes mots...

Fin de partie


La pensée du jour
L’expression « mort naturelle » est charmante… Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle, voire une mort contre nature…
Gabriel Matzneff

L’humeur du moment
J’ai appris ce matin le décès d’un de mes collègues.
C’est basique, voire banal : il était vivant. Il ne l’est plus.
Il est venu travailler lundi. En fin de journée, il s’est senti fatigué, son teint subitement jaune l’a poussé vers l’hôpital où il est mort durant la nuit.
Pour ses collègues plus proches, c’est un véritable choc, ils ont aujourd’hui l’air un peu hagard et le regard incrédule.
Au delà de la tristesse qu’on peut ressentir lorsque quelqu’un meurt «tôt », c’est à dire à un âge que notre époque juge inapproprié, j’ai eu envie de dialoguer sur le sujet sensible du comparatif « mourir d’un coup» contre «avoir le temps de préparer sa mort».
Une première chose qui me frappe est la répugnance pour beaucoup à aborder le sujet de la mort. Supersition, réveil de chagrins pas encore guéris, dégout, négation, pirouette… tout mais ne pas en parler. Ne pas évoquer le dernier souffle, cet instant où l’animus se sépare de l’anima et où on ne se ressemble plus.

Je n’ai jamais eu ce problème là. La fin de vie – dans l’absolu, ou même la mienne – me fascine et m’a toujours fascinée.

C’est parce que tout s’arrêtera un jour, parce que RIEN ne dure et que nos vies sont des successions d’instants qui naissent et meurent qu’on éprouve le besoin de bien vivre, de ne pas gâcher, de ne pas gaspiller nos souffles et nos heures. De leur donner de la valeur.La gageure de « ma » perception de l’épicurisme est d’allier une vision à très court terme de la vie « ici et maintenant » à celle du long terme « moi âgée », sans passer par la case moyen terme. D’abord parce qu’il y a le mot moyen, que j’associe toujours à médiocre, ensuite parce que s’il faut préserver l’être vulnérable que je serai probablement vers 70 ans, nul besoin d’économiser mon intensité pour protéger la glorieuse quinqua que je me promets d’être.
En ce qui me concerne – et c’est probablement une conséquence de mon côté «organisé», je pense que la douleur de la séparation ultime se passe très bien des tracas administratifs inévitables, des doutes qui peuvent subsister dans les relations et de la sensation d’inachevé laissés par celui qui n’a pas pu dire « au revoir ».
Autrement dit, entre me vautrer en avion – voiture – vélib et un ralentissement progressif de mes fonctions vitales, je préfère la seconde solution (idéalement, je préfèrerais être indécemment âgée mais valide et m’endormir en souriant, je dis ça, hein, si Dieu passe par là et prend des notes…).

Un jour, quand tout sera « en ordre« , je pourrai partir et voir ce qu’il y a « de l’autre côté« .
Maintenant que j’y songe… c’est peut être pour cela que j’entretiens constamment un joyeux fouillis.
Oui,
Ce fouillis, c’est… la vie !

Le cadeau du jour
Perso, je ne suis pas pressée…

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6 réflexions au sujet de « Fin de partie »

  1. T’as fini de nous plomber le moral ? c’est bien d’y songer, personnellement, elle me fait peur la mort…. certainement parce que je m’en rapproche chaque jour un peu plus et que mon âge « avancé » m’y fait penser…

    Quand l’HEURE viendra de quitter ceux que l’on aime, la beauté de la nature, les petits oiseaux, les minous etc…..je préfère ne pas y songer, je ne suis pas prête pour rencontrer Dieu, j’ai encore beaucoup de choses à accomplir avant de vous quitter…..!

    Alors Pooky, ponds nous quelque chose de plus gaie la prochaine fois ! avec des billets pareils, tu vas nous porter la poisse….

  2. Bravo! J’adore ce papier, joliment rédigé, plein de réflexion …
    Ayons une pensée pour celui qui s’en est allé … mais il ne faisait que passer, c’est la règle de la vie. D’ailleurs, on peut abandonner la partie à tout moment. C’est aussi cela la liberté.
    Et surtout, ne soyons pas triste quand l’être aimé s’en va. Au contraire, soyons heureux d’avoir pu le croiser.
    C’est quand même dingue de se trouver là, au bon moment, quand il ou elle passe … et qu’une histoire s’ébauche. C’est cela le miracle.
    Belle soirée à tous et merci à Pooky … sa plume a du talent!

  3. La pensée asiatique aurait beaucoup à nous apprendre en matière de mort. Nous les occidentaux sommes vraiment coincés en ce qui concerne la camarde.
    En ce qui concerne ton collègue, ça m’a choquée et je ne peux que penser, pour me rassurer, qu’il devait avoir quelque chose de sous-jacent qui s’est déclaré violemment. C’est pas parce qu’on est en bonne santé qu’on est pas malade.
    Pour moi, il est impossible de mourir comme ça, d’un coup, sauf si on se fait faucher par une voiture par exemple.
    J’espère mourir dans mon sommeil, vieille et ayant fini d’élever ma fille et d’avoir concrétiser toutes les projets artistiques qui galopent dans ma tête pour partir sans regret et après avoir laissé ma trace.
    Je compatis à la douleur de sa famille qui ne doit pas comprendre ce qui leur tombe sur la tête.

  4. Pooky, ce n’est pas un sujet facile ou drole en effet. Mais essentiel. Soyons VIVANTS, tachons de vivre et non juste durer. C’est déjà une chance, au sens propre, d’être né! Je pourrais te paraphraser et dire : j’ai pas peur de mourir, simplement, j’aimerais pas partir « trop tôt », ou … Avant d’avoir vécu!

Chic ! Un message :)

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