Memories

Les vacances au bord de la mer


La pensée du jour
On allait au bord de la mer,
Avec mon père, ma sœur, ma mère[…]
Il fallait faire attention
Quand on avait payé
Le prix d’une location
Il ne nous restait pas grand-chose
Alors on regardait les bateaux
On suçait des glaces à l’eau […]
Le matin on s´réveillait tôt
Sur la plage, pendant des heures
On prenait de belles couleurs
Michel Jonasz

L’humeur du jour
A la faveur d’une énième lutte pot de terre contre pot de fer, j’ai rencontré deux journalistes de France 3 Picardie, Sabine et Bernard Godard,  qui couvraient le sujet des nouvelles bétaillères de la SNCF, transformant des usagers lambda en dociles mougeons (moitié pigeons, moitié moutons) ou renards rebelles – devinez mon camp.

On papote, on échange, on se suit sur Twitter et on se découvre un lieu commun.
Présent pour eux, très passé pour moi : Le Crotoy.

Le Crotoy… On fait plus glamour comme sonorité.
Aujourd’hui que j’ai beaucoup voyagé et trempé mon popotin dans des eaux bleues ou transparentes, je peux affirmer qu’on fait aussi beaucoup plus attirant comme plage, comme mer ou comme ensoleillement.
Et pourtant…
Immédiatement me reviennent l’odeur des embruns, le bruit des vagues parfois mousseuses, les parties de cache-cache dans les dunes, les prénoms qu’on trouvait kitsch de deux voisines concurrentes dans la vente de moules de bouchot (Francine ou Charline, il fallait choisir…), l’iode qui envahissait nos narines et nous fortifiait, à coup sûr.

J’étais enfant à une époque où on jouait vraiment dehors avec des copains qu’on retrouvait chaque année, auxquels s’ajoutaient parfois de nouveaux « de passage ».
On arpentait la plage et les rues, on grimpait dans les blockhaus, vestiges d’une guerre dont nous ne comprenions pas encore tout. On faisait simplement attention à ne pas se blesser aux tiges rouillées qui dépassaient ou à se faire ensabler dans un tunnel qui menait forcément vers un endroit encore plus mystérieux.
On s’amusait sans s’ennuyer et sans écrans interposés.

Les matins, c’était, au fil des années, devoirs de vacances, marché, cueillette des passe-pierres – seulement le haut, pas les tiges, on choisissait le plus tendre – et, selon l’heure des marées, la pêche à la crevette.
Il fallait nous voir partir tous les 5, épuisette sur l’épaule… c’était à celui qui en pêcherait le plus ou qui Ô miracle prendrait un carrelet dans ses filets. J’ai retrouvé une photo de moi toute fiérote, un poisson plat à la main – avec le recul, probablement déjà mort.
On rentrait, deux seaux pleins de crevettes et de mini crabes.
Tandis que Maman préparait les marmites d’eau dans lesquelles elle plongeait des herbes et aromates, Minou, toujours du voyage,  tournait dans la cuisine, savourant d’abord par le museau ce dont il n’allait pas tarder à se remplir la panse.
Les premières crevettes étaient souvent pour lui. 

Avec une cruauté enfantine dont je ne me pense plus capable aujourd’hui, je lui lâchais un crabe sur le sol pour qu’il patiente en s’amusant un peu avec.
Après venait la régalade.

De temps en temps, Papa, pris des velléités du Cro-magnon qui tient à bien nourrir sa tribu, partait pêcher avec des copains de pétanque à Cayeux, où la légende urbaine voulait que les crevettes soient plus grosses. Nous n’en avons jamais été stomacalement convaincus.

Je me rappelle nos 5 épuisettes, rincées de l’eau de mer, alignées à la Dalton et séchant contre le mur. Je me rappelle les saladiers de frites qu’on allait chercher en ville, le marché et ses bonimenteurs, les frustrations des jours de pluie…

Le Crotoy…
Certes, l’eau avait une couleur assez indéfinissable. Le beau temps capricieux même sur « cette plage du Nord exposée au midi ».
La faune locale un peu… comment dire… xénophobe au sens premier. Combien de fois les gens se sont-ils étonnés de voir Maman à la peau si blanche (une vraie rousse, ça bronze peu et même le soleil maigrichon de là-bas pouvait la brûler !) avec trois zébulons bronzés comme des petits pains sortis du four « ce sont vraiment les vôtres » ?

Ha… on en a entendu des âneries… On marchait pieds nus car nous autres, arabes, on a la peau des pieds plus dure… mais comme souvent, quand on dépassait « l’autre » et qu’on abordait « l’individu », tout changeait.

Je n’y suis jamais retournée.
Je vais parfois à Berck  (comme sonorité, ce n’est pas mal non plus) ou au Touquet mais pas au Crotoy.
Je n’aimerais pas superposer à mes souvenir les inévitables modernisations ou altérations que la ville a subie.
Les photos de la mer ou du ciel que je reçois des Godard me suffisent pour actualiser nos vieux clichés 70ies vieillis.
Je veux garder mes souvenirs intacts.

Le cadeau du jour
Pas besoin d’instagram quand les clichés sont d’époque…
On aperçoit ici Minou pas très content de se faire habiller, puis plus à l’aise dans les bras de Maman, Papa un peu bredouille, ma dernière année de sourire insouciante de mes dents de lapin et Pascal, à droite portant fièrement l’ancre du Crotoy sur son T.Shirt et Stéphane qui nous prouve par sa tenue « qu’il fait toujours beau au Crotoy »

crotoy vac

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10 réflexions au sujet de « Les vacances au bord de la mer »

  1. Il est préférable de ne pas retourner sur les lieux de son enfance,je parle en connaissance de cause, surtout ceux où l’on a été heureux; d’abord parce qu’en tant qu’enfant on ne perçoit pas les choses de la même manière et ensuite parce qu’après toutes ces années l’environnement a beaucoup changé malheureusement rarement dans le bon sens.
    Alors garde cette nostalgie au fond de toi et n’y retourne pas.

  2. Qui a dit que la nostalgie n’est plus ce qu’elle était ?
    En voici un bel exemple de nostalgie comme on l’aime.
    Triste ? Point du tout. C’est même indispensable de feuilleter régulièrement son passé, juste pour entretenir le souvenir de ceux qui ne sont plus, des moments sympathiques, ou parfois difficiles, passés en leur compagnie. Un petit coup de nostalgie permet de recharger les batteries, d’être en communication avec ses racines et de continuer à « fabriquer », tous les jours, de nouveaux souvenirs qui, à leur tour, alimenteront de prochains instants de … nostalgie. Merci Pooky … mais il faudrait penser à nous écrire … un livre peut être, non ? Vous en avez la plume!

Chic ! Un message :)

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