Les Transports et les Communs

Petits miracles ordinaires


La pensée du jour
Vivre, c’est se réveiller la nuit dans l’impatience du jour à venir,
c’est s’émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore,
c’est avoir des insomnies de joie.

Paul-Emile Victor
(on peut déduire de sa citation qu’il ne subissait pas les transports en commun…)

L’humeur du jour
Il y a des soirs, comme ça où une chanson nous trotte dans la tête, un air, des paroles qui collent à la journée qu’on vient de vivre.
Et bien ce soir – et s’il pleut, c’est ma faute, c’est ma très grande faute…-  j’ai envie d’entonner « Ordinary miracles happen all aroooouuund” en braillant telle une Mariah Carey avinée, mais sans son tour de poitrine ni son cuissot dodu, faut pas pousser non plus.


Ordinary miracles.
Ca commence par le retour de l’amie graine, qui s’était déjà bien incrustée la veille. N’écoutant que mon courage et mon inconscience,  j’enfile des talons de 9 cm pour monter à la capitale gagner ma pitance, avec au bout du bras un sac chargé de choses inutiles pesant, grosso modo un quintal. Quelle idée de promener mes lunettes de soleil, de vue, deux cahiers, un gros livre, une dizaines de stylos, deux paires de gants, un portefeuille aussi rempli qu’un sac et mille autres « indispensables »  quand j’ai à peine l’énergie me porter moi-même !
Trier m’ennuie. Ma paresse me tuera….

Bref, me voilà tant bien que mal à Paris, dans un bus. Bondé. Donc debout.
Vous avez déjà tenté l’équilibre avec un zomig dans le système ?
Mauvaise idée. Très très mauvaise idée. Surtout si le chauffeur décide de freiner brusquement parce qu’il vient de percuter une voiture. Vol plané assuré  – la voiture n’a rien, le bus n’a rien, mon jean n’a rien, seule ma fierté en a pris un coup….

Plutôt que d’attendre que les deux conducteurs fasssent leurs petits dessins et autres déclarations MMAesques, je me traine jusqu’au bureau, esquivant péniblement poussettes et caddies de courses plus larges que les trottoirs, zigzagant vaillamment derrière des piétons en mode “crabe” – vérifiez vous-mêmes : les gens ne marchent PAS droit –  évitant de justesse les accros aux SMS, plus absorbés par leurs écrans que par la circulation et manquant finalement de me faire aplatir comme une crêpe au sucre par un abruti apprenti Fangio à 200 mètres du bureau, terre promise qui ne m’aura jamais semblée aussi lointaine…

Ouf, I made it !!
Vivante et en un seul morceau. Pas fraiche, pas pimpante, mais intacte.
Puis ma migraine décide de partir, mon énergie remonte en flèche, ma belle humeur aussi… et une bonne chose n’arrivant pas seule, il est enfin l’heure de rentrer.
Vite, direction la Gare du Nord !

Train supprimé? Je ne me laisse pas abattre pour si peu…je repère le suivant et m’installe sur un strapontin de la plate forme. Faut pas chipoter, quand c’est blindé, on pose ses fesses là où on peut. Mais ça dérange ma voisine, et c’est là que le véritable miracle se produit. Un miracle d’ordre génétique.
Cette femme, ce butor mutique au regard vide, cette masse à la douceur d’un Terminator est le chainon manquant.
Ne cherchez plus, amis scientifiques. Le chainon manquant emprunte chaque soir à la Gare du Nord la ligne Paris – Creil. Il ne lui manque que la parole, elle ne sait que grogner. Et marquer son territoire en m’écrasant contre la parois du wagon. Elle n’est même pas grosse, mais elle a décidé de ne pas partager l’espace. Et reste sourde. Absorbée par son Harlan Coben. Elle me presse tellement que je crains avoir l’incrustation de sa bêtise sur ma veste.

Le dieu SNCF a eu pitié de moi : le conducteur n’est pas venu. Je me suis extirpée de l’étreinte de la femme des cavernes, et dans une remarque joyeusement narquoise l’ai plantée là, monolithe en fusion avec son siège, pour filer vers une autre voie, la bonne.

Voilà comment en une seule journée j’ai échappé à la maladie, à la mort et en ai profité au passage pour faire une avancée scientifique. La parfaite définition des miracles ordinaires.

Le cadeau du jour
 
Aujourd’hui, j’avais la Baraka!

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8 réflexions au sujet de « Petits miracles ordinaires »

  1. Encore une fois, où trouves tu ce style remarquable et ces idées ?? ton récit est digne d’une BD ! en te lisant, je suis tes péripéties et je souris en t’imaginant dans le train assise et écrasée par cette larve ! je vois ton expression, ton impatience, ta colère rentrée et je ris de plus belle ….!
    Vive ma courageuse et invincible Pooky !

  2. Un délice que j’ai lu avec la plus grande gourmandise ton billet pooky

    je voyais toutes tes péripéties , et j’avais du mal a ne pas pouffer derrière mon écran

    Tellement bien que je n’osais même pas répondre trop vite de peur d’abimer ce que tu avais eu tant de talent à construire et surtout à nous faire partager !!

    Et oui la vie c’est aussi s’extirper des plus petits ou grands ennuis et reprendre son souffle en s’estimant avoir de la chance d’être en vie et finalement en bonne santé :le principal selon moi ..
    Des lampes qui s’allument au lieu de s’éteindre comme l’on aurait cru le matin en se levant ….

    Merci pour ce grand moment de rigolade , mais aussi moment de psychologie … 🙂

  3. Pooky migraineuse, Pooky malchanceuse, mais Pooky rieuse !
    Tu as tout à fait le droit de grogner, pester, mais de cette manière, avec autodérision, tu prends plaisir à écrire ton épopée d’une journée, et tu fais rire la galerie !

    Quand on parvient à sublimer le  » mal  » en  » bien  » c’est ça la véritable alchimie, changer le plomb de la vie quotidienne en une existence extraORdinaire !

Chic ! Un message :)

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