Et je pèse mes mots...

Go West


La pensée du jour
Quand la fortune nous exempte du travail, la nature nous accable de temps.
Rivarol

L’humeur du jour
Novembre 2010
Place Iéna. Des SDF transis, blottis sous des sacs plastiques, abrités de la bise et de la neige par des parapluies fixés à des grilles d’aération tentent de se réchauffer au souffle à l’odeur caractéristique du métro parisien. Autour d’eux, des boites de conserve, des tasses en carton, des reliefs de « repas ».
Aznavour chantait «il me semble que la misère serait moins pénible au soleil», je me dis qu’il a raison. Et puis je passe rapidement, l’heure tourne et je ne veux pas être en retard au travail.

Décembre 2010
Key West. Je suis en train de griffonner une carte postale quand un homme, attiré par ma casquette qui, dit-il, “trahit” la française en moi, engage la conversation. Il parle de ses lointaines origines européennes dont ne persiste que la sonorité de son nom, bredouille un ou deux mots français, évoque les pérégrination de ses ancêtres. Il est cultivé, curieux, posé… et sans abri. Il n’a besoin que de quelques dollars pour acheter un antivol pour protéger son vélo et propose ses lunettes de soleil en échange, car voyez-vous, il ne demande pas la charité.
Il nous parle de son parcours, de la facilité avec laquelle il est passé de salarié à SDF,
de ses journées qui s’étirent sans autre but que passer le temps et trouver de quoi se sustenter.
Pas une plainte. Pas d’envie. Pas d’amertume ni de colère.
Il a tout perdu très vite,
sauf sa dignité.

Alors misère dans le froid, misère au soleil… est-ce qu’on peut vraiment envisager d’en comparer la pénibilité ?
Au-delà des besoins essentiels à satisfaire, après la faim, la soif et le « confort » reste tout ce temps à tuer. Il n’y a guère que Diogène pour ne pas souffrir de ses longues méditations en tonneau. Dans les villes modernes, ne rien faire est un luxe si ça n’est pas une obligation.

Le cadeau du jour
Contrairement aux apparences, son vélo n’était pas sa seule richesse. Il y avait bien plus en lui.

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4 réflexions au sujet de « Go West »

  1. Il faudra lire ceci au maire de Nogent sur Marne, qui trouve que les sans abri qui marchent 20 minutes (dans le froid) de la Gare jusqu’à leur « refuge » font mauvais genre, dénotent
    quel immonde abruti

  2. Très beau billet Pooky !

    C’est ce qui me touche le plus chez beaucoup de sans abris : leur dignité intacte et le besoin de se justifier, sans pour autant tomber dans le mélodrame
    Quand l’alcool n’a pas encore fait de dégats bien sûr

    Ce qui me navre le plus par contre, c’est le nombre de jeunes de plus en plus nombreux dans la rue :
    *des parents démissionnaires
    *des enfants difficiles avec leur fierté qui les empêche de revenir sur leurs pas

    Mon fils vient d’en connaitre un qui après quelques mois dans la rue s’en est sorti .
    Ses parents adoptifs ne voulaient pas de sa petite amie , il a préféré partir.
    Maintenant il travaille et il s’en sort. Et il revoit sa mère adoptive .

    mais combien seront laissés sur le bord du chemin?

    je préfère ne pas faire le compte 😦

  3. J’oubliais :
    oui la misère est moins pénible au soleil .L’hiver dans le midi..
    Mais il ne faut pas oublier que le soleil tue aussi l’été dans le midi ……

Chic ! Un message :)

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